De la Terre à la Lune : Gérald Bull ou le rêve assassiné en 1990

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Le 22 mars 1990, le scientifique et homme d’affaires canadien Gérald Vincent Bull était exécuté de cinq balles dans la nuque devant son appartement de Bruxelles en Belgique. Cet assassinat professionnel mettait fin à l’aventure scientifique et politique d’un chercheur canadien passionné, qui entretenait un grand rêve dans les étoiles, celui de projeter de petits satellites à l’aide d’un super canon spatial depuis le sol terrestre. Une aventure à la Jules Verne, que Gérald Bull réinventa de la Terre à l’Espace, avec le projet HARP.

Un ingénieur canadien visionnaire : Gérald Vincent Bull

Gerald Vincent Bull est né le 9 mars 1928 à North Bay en Ontario. Neuvième et dernier enfant de Georges Bull, avocat, et de Gertrude LaBrosse, le jeune Gérald devient orphelin de sa mère qui meurt en 1930 des complications de son dernier accouchement. Déjà ruiné par le Krach de 1929, son père fait une dépression nerveuse. Orphelin à quatre ans, il est placé dans un pensionnat Jésuite de l’Ontario où il étudiera la science mathématique.

En 1947, il entre à l’Institut d’aérodynamique de l’Université Queen’s en Ontario, le futur Institut de recherches spatiales (IRS), qui est géré et financé par le Bureau de recherche en défense du Canada. Jeune ingénieur, Gérald Bull crée un tunnel de test aérodynamique dans le cadre de sa thèse de doctorat en 1951. Esprit scientifique brillant, il termine son doctorat à 23 ans, ce qui le fait remarqué par ses travaux et leurs résultats. De 1951 à 1964, il travaille pour le Conseil de recherches pour la Défense canadienne (CRD) et participe à d’importantes recherches en balistiques et technologies spatiales au CARDE.

Le projet HARP : un super canon de Highwater à la Barbade

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Canada a développé pour le compte de l’armée Britannique le programme CARDE, soit le Canadian Armament and Research Development Establishment, créé initialement pour étudier l’artillerie et la balistique, pour renforcer les capacités de recherches canadiennes et britanniques. Créé sur des terrains militaires à Valcartier, au Québec, CARDE devient une division de recherche du CRD, qui dispose de fonds importants pendant la guerre froide (1947-1989).

À partir de 1964, Bull intègre le programme CARDE à l’université de McGill à Montréal, dont il devient professeur et chercheur. Bull développe son projet de recherche sur la balistique en haute altitude, le projet HARP (High Altitude Research Program) qui est subventionné par le CRD mais aussi par l’armée américaine, qui s’intéresse à ses recherches sur la création d’un projectile pour haute atmosphère.

Visionnaire et homme d’affaires, il crée en 1971 sa propre société de recherche la Space Research Corporation, SRC, qui se spécialise dans les études balistiques de longue portée. Après une coupure des budgets gouvernementaux canadien et américain, il installe ses bureaux et son centre de recherche à Highwater en Estrie, collé à la frontière de l’État de Vermont. Parallèlement, il obtient la nationalité américaine, du fait d’une décision exceptionnelle du Congrès US. Ceci lui permet de travailler dans le privé avec le département de la Défense américain. Un aéroport et une piste d’atterrissage sont construits pour établir une correspondance entre le SRC de Bull et plusieurs compagnies liées à la Défense américaine.

À la fin des années 70, plusieurs tests de balistiques seront effectués à Highwater, mais c’est surtout la construction d’un super canon pour le projet HARP qui demeure son objectif premier. Ce super canon réaménagé doit permettre la mise en orbite satellite d’un petit projectile électronique, qui porte le nom de code «Martlet», ancien nom français de l’oiseau Martelet, qui représente le symbole héraldique du blason de l’Université McGill, soit les trois «Martlet» rouge sur fond blanc. Lors du seul tir d’essai, quelques habitants de Highwater se souviennent qu’un coup de canon assourdissant brisa toutes les vitres à la ronde. Elles furent toutes remplacées au frais de la SRC.

En réalité, le test balistique montre surtout les risques de retombée du projectile satellitaire n’importe où. Bull décide de réinstaller un centre d’étude de la balistique sur l’île de la Barbade, où il fait reconstruire un canon géant, composé de deux fûts de canon cuirassés de 16 pouces (40cm) fournis par la Marine américaine. Lors du tir d’essais, le coup de canon a été fortement entendu dans toute la Barbade et le Martlet est monté à la verticale dans la haute sphère à plus de 200 km d’altitude.

Malheureusement, la réussite scientifique du super canon de Bull sera également son échec politique, car pour financer son coûteux projet HARP, l’ingénieur et homme d’affaires doit vendre son savoir faire à plusieurs pays que soutien la Central Intelligence of America (CIA), dont l’Irak de Saddam Hussein en 1988. Cependant la nouvelle géopolitique Irakienne lui vaudra finalement d’être éliminer par des services secrets non identifiés le 22 mars 1990 à Bruxelles, à la veille de la première guerre du Golfe de 1991.

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Sources bibliographiques

Adams, James, Bull’s Eyes, the assassination and life of supergun inventor Gerald Bull, New York Times Books, 1992.

Lester, Normand, L’ affaire Gerald Bull. Les canons de l’apocalypse, édition du Méridien, 1991.

Millman, Peter, Big Gun on Barbados, dans la revue Sky and Telescope, august 1966.

Sources internet de www.radio-canada.ca/archives

Le projet HARP, reportage de CBC-Radio-Canada, 1990

Visite chez un scientifique de génie, reportage de CBC-Radio-Canada, 1976

Les Habitants de l’Estrie se souviennent.., reportage CBC-Radio-Canada, 1992

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