La contrebande d’alcool sur la frontière internationale du Québec

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À la fin du XIXe siècle, les tavernes frontalières québécoises des Cantons-de-L’Est sont déjà dénoncés par la WTCU comme des lieux de débauches alcoolisées, lieux de jeux illicites et nids du crime local organisé en clan.

En 1894, William W. Smith, responsable de la station ferroviaire à SuttonJonction et représentant de la société de tempérance Dominion Alliance, lutte activement contre le trafic d’alcool dans le comté de Brome. Son action contre les hôtels de Sutton et Abercorn lui créé des ennemis importants entre 1890 et 1894. dès juin 1894, des rumeurs persistantes de menaces contre sa personne lui sont rapportées, mais il n’en tient pas compte.

Pourtant Smith est sauvagement agressé à la gare durant son sommeil, durant la nuit du dimanche 8 juillet 1894. Véritable tentative de meurtre, son assaillant lui assène un violent coup à la tête, puis le traîne vers la voie ferrée pour maquiller son crime en accident. Malgré un réveil douloureux, la victime ne doit son salut qu’à sa bonne condition physique et un tempérament robuste. Une lutte sans merci se produit sur le quai de la gare et l’assassin prend la fuite devant la détermination de sa victime.

Blessé gravement à la tête avec un traumatisme crânien, William Smith survit.

La Dominion Alliance engage Silas Carpenter, détective et directeur du Canadian Service Secret Agency de Montréal, pour enquêter sur le complot de meurtre contre William Smith sur la frontière. Le Chef-détective Carpenter comprend très vite les implications des «smugglers» (contrebandiers d’alcool) pour diriger son enquête vers la disparition inexpliquée d’un propriétaire d’hôtel à Abercorn et de ses deux portiers de taverne, qui selon la rumeur auraient fui vers au Vermont par les monts Sutton.

Une ancienne employée d’un hôtel d’Abercorn signale à Carpenter le passage d’un curieux citoyen américain, soi-disant acheteur de chevaux de Boston, dont les certificats de voyage venaient de la ville de Marlboro au Massachussett.

Silas Carpenter délègue un de ses détectives pour rechercher ce faux «vendeur de chevaux» avec les descriptifs physiques de la fille d’Abercorn. Sur place, le détective canadien identifie un barman d’hôtel de Marlboro dont le signalement correspond. Accompagné par William Smith, Carpenter va à Marlboro pour identifier l’homme, un certain Walter Kelly. En présence de policiers américains, Carpenter fait arrêter Kelly. Conduit à la prison américaine de Fichburg, Kelly nie son implication, mais Carpenter joue la carte de l’extradition au Canada. Le chef détective propose à Kelly de dénoncer ses complices canadiens contre une remise de peine. Finalement Kelly reconnaît son implication dans l’attaque contre

Smith et dénonce ses complices du Québec, John Howarth et James Wilson, portiers d’hôtel d’Abercorn. Le premier est arrêté et conduit à la prison de Sweetburg (Cowansville) par le constable de Knowlton.

Policer d’expérience, Silas Carpenter veut arrêter le fuyard sans effusion de sang, mais James Wilson a été localisé dans une cabane isolée au coeur des monts Sutton. Sur place, les douaniers locaux avertissent le détective du danger de son entreprise, dont fut témoin un journaliste du Montreal Daily Star «The Wilsons were known as a fighting family, who would never allow a member to be arrested easily (…) it seemed perfect folly to them that Detective Carpenter alone, with only a Star reporter, should thus attempt to  »beard Lions in their dens » on the very dark night too!». Arrivant de nuit à à la gare de Richford au Vermont. Carpenter va arrêter James Wilson, en intimidant sa famille jouant sur les conséquences désastreuses de sa fuite contre eux. Finalement le détective monte seul chercher le fugitif qui se rend sans combattre deux jours plus tard. Après cette enquête, Silas Capenter deviendra en 1898 le chef du «Bureau des détectives de Montréal» travaillant contre la criminalité au niveau provincial et parfois fédéral.

Toujours en 1898 au palais de justice de Sweetburg (Cowansville), un procès mettra en relief les implications financières et politiques des trafiquants d’alcool dans le comté, principalement auprès de plusieurs élus locaux importants. Le chemin de fer est mis en cause par la Dominion Alliance pour avoir fermé leur yeux sur la contrebande d’alcool. Malheureusement, suite à son témoignage et sa plainte pour homicide, William Smith perd son poste d’agent de station, pour son action trop publique au goût la compagnie Canadian Pacific Railway. Face à cette injustice publique, le livre «The story of a Dark plot or Tyranny on the frontier» est publié en 1902 à Boston pour dénoncer cette obscure histoire de crime crapuleux et de complot politique lié à l’alcool dans les Cantons-de-l’Est.

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