Une québécoise devient la princesse Agnès de Salm Salm (1837-1912)

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La naissance d’une aventurière du XIXe siècle

Née dans un petit village du Québec, Saint-Armand, la princesse Agnès de Salm-Salm (1840-1912) est une femme indépendante et téméraire qui commence sa vie comme artiste saltimbanque et comédienne, pour devenir une véritable princesse de la noblesse d’Europe. Loin des salons princiers, elle vivra comme une aventurière, traversant la guerre de Sécession américaine, la Révolution du Mexique et enfin le conflit franco-prussien, le tout entre 1862 et 1871. Elle deviendra une des plus recherchée princesse d’Europe, rédigeant sa propre biographie en 1875 «Ten years of my Life» sous le nom d’Agnès de Salm-Salm.

Son épopée commence au Québec en décembre 1841, à Saint-Armand Ouest (aujourd’hui Philipsburg), où elle est née sous son véritable nom Élizabeth Agnès Winona Joy. Canadienne par son père et métis Abénakis par sa mère, la jeune Éliza montre un caractère bien trempé. Aventurière dans l’âme, elle quitte la maison familiale adolescente pour s’engager comme artiste équestre dans un cirque ambulant vers 1857. Après plusieurs étapes américaines, le cirque débarque à Washington où elle commence un numéro de funambulisme vertigineux, ce qui lui offre une célébrité artistique et médiatique. Elle se donne un nouveau de nom de scène à résonance française dans le monde du spectacle, celui d’Agnès Leclercq.LaurentBusseau2008

l’artiste Agnès Leclerc

Cupidon et le prestige de l’uniforme militaire d’un mercenaire allemand

Devenu une vedette à Washington, la nouvelle Agnès Leclercq participe à l’effervescence patriotique de la guerre civile de Sécession (1861-1865). Agnès écrira dans ses mémoires, «L’enthousiasme militaire était à son paroxysme à Washington. Les femmes bien sûr n’échappaient pas à cette épidémie; en fait elles étaient plus excitées que les hommes et, ne pouvant s’enrôler, elles consacraient la meilleur d’elles-mêmes à encourager les héros. Les civils n’avaient alors pas beaucoup de chances auprès d’elles. Apollon lui-même serait passé inaperçu s’il n’avait pas porté de galons.» Le prestige de l’uniforme devient le piège de Cupidon pour Agnès en 1862. Lors d’une visite dans un camp militaire d’officiers européens, venus faire la guerre pour le gouvernement de Lincoln, Agnès rencontre un jeune officier issu d’une des plus vieille famille de l’aristocratie prussienne, Félix Constantin zu de Salm-Salm. Le coup de foudre est immédiat entre la jeune artiste de 22 ans et le second fils du régnant de la Principauté westphalienne allemande, qui en a 30 ans. Ce dernier est venu faire la guerre aux États-Unis pour se refaire une santé morale et financière, car il dilapidait le trésor familial.LaurentBusseau2008

Le 30 août 1862, un mariage secret est célébré dans une église irlandaise de Washington pour éviter les foudres familiales prussiennes. Très vite, Félix et Agnès vont partager une vie aventureuse à travers l’effroyable conflit américain. Devenu une véritable princesse d’Europe, Agnès abandonne sa vie de saltimbanque pour suivre son soldat de mari sur tous les fronts. Si les femmes n’ont pas leur place dans les combats, la jeune princesse décide de s’enrôler comme infirmière dans les services médicaux de l’armée fédérale. Son courage sur les champs de bataille et son dévouement dans les hôpitaux de fortune lui forgeront une nouvelle légende.

De la Révolution mexicaine de Suarez à la guerre Franco-Prussienne en Europe

À la fin de cette guerre meurtrière en 1865, le général de brigade Félix zu de Salm-Salm se retrouve sans emploi et surtout sans aventure à vivre avec sa jeune et intrépide princesse. Dans le même temps, le Mexique est en proie à une Révolution conduite par Juarez contre l’empereur Maximilien. Les deux tourtereaux plongent dans l’aventure mexicaine, sans vraiment prendre conscience de l’ampleur du combat populaire dirigée par Juarez. Ils se retrouvent séparés et Félix devient aide de camp de Maximilien. En avril 1867, les troupes de Juarez assiègent et capturent l’empereur mexicain et Félix, les condamnant à être fusillés. Toujours en amour avec son prince allemand, Agnès va parcourir le Mexique pour rencontrer le nouveau président Juarez, afin de négocier la vie de Félix et de Maximilien. Téméraire dans un pays qui est en proie à la guérilla et la guerre civile, elle obtient finalement de Juarez la grâce pour son mari, avec qui elle embarque pour New York.

En 1868, Agnès et Félix quitte l’Amérique pour l’Europe qu’elle ne connaît pas. Ils arrivent dans le château de Schloss Anholt, fief de la principauté des Salm-Salm de Wesphalie. Bien accueillie par sa belle famille, Agnès va encore une fois suivre son mari dans la guerre de 1870 entre le France et la Prusse. Cette fois, malgré ses efforts pour rester proche de lui, Félix est tué à la bataille de Gravelotte en France le 21 août 1870, lui laissant une lettre d’amour posthume. La belle Agnès ne retournera jamais en Amérique, voyageant beaucoup dans les cours d’Europe. Elle meurt le 12 décembre 1912 à Karlsruhe en Allemagne sans héritier, non sans avoir demandé que ses cendres soient envoyées à Saint-Armand au Québec, ce qui ne fut pas fait.

par Laurent Busseau-copyright2008

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