Quand Hollywood fait son cinéma au Québec (1937-1940)

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En 1937, l’écrivain américain Kennett Roberts écrit une épopée héroïque du XVIIIe siècle, tirée des mémoires d’un aventurier britannique, Robert Rogers. Intitulé « Northwest Passage ». Son roman retrace les aventures du major Rogers, avec le récit historique d’une expédition militaire punitive organisée par des coloniaux américains au service de l’armée britannique, les Rangers, contre le village abénaquis d’Odanak à Saint-François, au coeur de la Nouvelle-France durant la guerre de Sept Ans (1754-1763). Ayant racheté les droits, la Metro-Goldwyn-Mayer d’Hollywood a immédiatement engagé King Vigor pour écrire un scénario d’aventure mettant en vedette Spencer Tracy dans le rôle du major Rogers. Depuis Los Angeles, la firme hollywoodienne avait envisagé de filmer cette épopée américaine dans son lieu d’origine, en particulier pour les séquences traitant de la marche forcée des Rangers américains dans les marais de la Baie Missisquoi pour atteindre le village abénaquis.

Pour la recherche historique, Northwest Passage a bénéficié d’un ancien militaire canadien, Malcolm Brown, engagé comme directeur artistique pour retrouver les descriptions de paysages et des détails de l’époque coloniale française autour de la Baie Missisquoi. Une société américaine de localisation cinématographique a fait une recherche de six mois, pour trouver un lieu qui ressemblait encore aux anciens paysages marécageux du XVIIIe siècle entre le Vermont et le Québec.

Une équipe a été déployée dans Brome-Missisquoi pour suivre la route initiale de Rogers, qui passait apparemment sur les territoires de Philipsburg, Saint-Armand, Bedford et enfin Bromont lors du voyage de Rogers vers Odanak en 1759.  Malheureusement, les photographies renvoyées au studio californien par les dépisteurs prouvaient qu’il était irréalisable d’envoyer Spencer Tracy et une équipe et plus de 225 acteurs et réalisateurs dans la province de Québec. Depuis 1759, le territoire géographique autour du lac Champlain et surtout le paysage de la Baie Missisquoi, en remontant jusqu’à la rivière Saint-François, avait trop changé d’aspect. Depuis 220 ans, la colonisation agricole avait transformé le relief d’origine, avec les fermes, les champs, les routes et les chemins de fer qui ont pris la place des marécages et de la végétation historique, à l’exemption de quelques marais, comme Alderbrook proche de Sutton. Même le chemin retour de l’expédition des Rangers n’était pas exploitable, car à Magog et sur le lac Memphrémagog, l’équipe avait repéré trop de centres de villégiature estivaux, de bateaux à voiles et des parcs aménagés qui rendaient impossible un tournage historique.

Toujours à la recherche des lacs et des terres forestières de l’époque française, une autre équipe de recherche est envoyée en repérage dans l’Oregon, le Montana, le Wyoming, l’Utah, le Nevada et finalement l’Idaho, où les producteurs du film vont enfin trouver le décor de leur épopée cinématographique au printemps de 1938, à Payette Lake dans les montagnes du sud. Une équipe de tournage est donc envoyée sur place durant l’été 1938 pour photographier des arrière-plans et des plans longs préparatoires au film. Mais au moment où les acteurs étaient sur le point de quitter Hollywood, des bourrasques ​​de neige sont tombées trop tôt dans la saison. La Metro-Goldwyn-Mayer a donc reporté le tournage au 2 juillet 1939, où les conditions de tournage ont été éprouvantes. Le film est sorti en février 1940 et en nomination pour l’oscar de la meilleure photographie, avec la reconstitution visuelle du milieu sauvage et marécageux, en version Technicolor.

Le film est disponible en location sur le web. Tout en décrivant les relations difficiles entre les Premières Nations et les coloniaux, il nous fait découvrir à quoi pouvait ressembler les paysages sauvages de Brome-Missisquoi au 18e siècle.

Lien web : bande-annonce du film Northwest Passage de 1940

https://www.youtube.com/watch?v=a1VZWty39-U

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