L’étrange croisade du Dr Kellogg contre la masturbation

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Invention des Cornflakes ou flocon de maïs en 1898 : l’étrange croisade du Dr Kellogg contre la masturbation.

Par Laurent Busseau-Historien sans Frontière mars 2020

Les céréales que vous mangez au petit-déjeuner cachent un secret que vous êtes surement loin d’imaginer. Les cornflakes ou flocons de maïs, ont été créées par un médecin américain pour lutter contre la masturbation.

Vous avez bien entendu …Les Corn Flakes du Dr Kellogg étaient une croisade contre le plaisir masculin et féminin…Fervent croyant adventiste du septième jour, il défendait le « mouvement de la vie saine », qui militait pour l’importance de l’hygiène, de la propreté et de la pureté.

Pour ce docteur, une alimentation saine permet de lutter contre de multiples phénomènes, dont la masturbation qu’il condamnait comme une pollution morale et physique de la création de Dieu : l’humain.

Qui était le docteur John Harvey Kellogg (1852-1943)

John Harvey Kellogg nait en 1852 dans l’État du Michigan aux États- Unis. Il allait devenir l’un des médecins nutritionnistes les plus connus du début du 20e siècle.

Kellogg a gagné en notoriété lorsqu’il est devenu le médecin en chef du sanatorium de Battle Creek, dans le Michigan. Pour rappel, les sanatoriums étaient des sortes d’hôpitaux de convalescence où les personnes atteintes de maladies infectieuses comme la tuberculose étaient mises en quarantaine.

Le Sanatorium de Kellogg était l’un des plus célèbres des États-Unis qui comptait quelque 1600 patients au plus fort de son activité au tournant des années 1890-1920.

Comme de nombreux sanatoriums à l’époque, celui de Battle Creek est financé et régi par une église, l’église Adventiste du Septième Jour pour être exact, dont Kellogg était membre. Les Adventistes géraient quelques 800 hôpitaux, cliniques, dispensaires, orphelinats, ainsi que des centres de bien-être et des restaurants végétariens à travers le monde pour enseigner et soigner selon les huit principes de la santé.

Le Dr. Kellogg a soigné des patients célèbres comme le président républicain Howard Taft, l’aviatrice Amélia Earhart, le dramaturge George Bernard Shaw, l’ingénieur automobile Henry Ford, l’actrice française Sarah Bernardt ou encore l’inventeur Thomas Edison.

Le docteur Kellogg était un homme très dévot, qui a consacré sa vie à trouver un équilibre harmonieux entre la science et sa foi, et à mettre en pratique cette synthèse dans sa propre pratique médicale. À la fin des années 1890, John Kellogg et son frère Will fondent laSanitas Food Company, et commencent à commercialiser les corn flakes.

Cette alternative alimentaire au petit déjeuner classique détonne dans le paysage culinaire américain de l’époque : en effet, les classes aisées mangeaient de la viande et des œufs au petit déjeuner, les plus pauvres mangeaient le plus souvent du porridge.

Kellog et la vision Adventiste du régime végétarien dans le Michigan
La pensée de Kellogg ne vient pas de nulle part, mais provient d’une vision religieuse durant la Guerre de Sécession américaine (1861- 1865). Tout commence en réalité le 6 juin 1863, où Ellen White, une fidèle Adventiste de l’Église du Septième Jour dans l’état du Michigan, entra en transe et reçue une vision à 50 kilomètres au nord-est de Battle Creek devant plusieurs adventistes dans un moment de méditation du sabbat.

Le message divin que Mme White reçoit est que tout être humain doit absolument prendre un soin de sa santé, par un régime spécial des fruits et légumes de la Terre. Témoin de la scène, le premier président de la Conférence générale de l’Église adventiste du septième jour raconte que :

« Sous l’influence du Saint-Esprit — l’illumination de son visage, ses gestes gracieux, la dignité de chaque mouvement, les intonations musicales de sa voix comme si le son est lointain… Elle fut en vision pendant environ quarante-cinq minutes. ».

Ellen White communiqua les grands principes de la santé mais elle laissa le soin aux médecins adventistes de faire des recherches scientifiques et de mettre en application la réforme sanitaire. Sur certains points, les adventistes s’inspirèrent des idées novatrices de médecins ou de réformateurs de la santé comme Edward Hitchcock, William Alcott, Ruben Mussey.

John Harvey Kellogg qui était un fervent membre de l’église adventiste du septième jour défendait donc le « mouvement de la vie saine », militant pour l’importance de l’hygiène, de la propreté et de la pureté. Parmi les combats de ses partisans, la lutte contre le sexe sous toutes ses formes.

Les Adventistes du Septième Jour comme Kellogg sont partisans du végétarisme, de l’abstinence de consommation d’alcool et de tabac, et de l’exercice physique régulier en plein air. En plus de ces préceptes fondamentaux auxquels il adhérait, le Dr. Kellogg était convaincu de deux choses.

D’une part, il fallait consommer de grandes quantités de fruits oléagineux (noisettes, noix, amandes etc) et de céréales pour rester en bonne santé. D’autre part, il fallait proscrire toute consommation de viande ou de plats épicés de son alimentation, car cette nourriture stimulait fortement l’appétit sexuel.

Pour preuve, le Dr Kellogg n’a jamais eu de relations sexuelles avec sa femme, décrivant lui-même ses convictions dans un ouvrage scentifique : Plain Facts for Old and Young: Embracing the Natural History and Hygiene of Organic Life (en français : Faits simples pour les vieux et les jeunes : Comprendre l’histoire naturelle et l’hygiène de la vie organique).

Pour son combat contre la masturbation, le Dr Kellogg a mis au point d’autres méthodes. Il recommandait d’appliquer de l’acide carbolique sur le clitoris de la femme pour éviter toute excitation inhabituelle, et d’utiliser la circoncision comme remède contre la masturbation masculine.

Le succès commercial des corn flakes conduit à une dispute entre les frères Kellogg. Will Kellogg, qui avait davantage la fibre commerciale que son frère, propose d’ajouter du sucre à la recette originale et de commercialiser le produit, à plus grande échelle cette fois. John Kellogg refuse, arguant que cette nouvelle recette serait totalement contraire à l’esprit du régime alimentaire du sanatorium.

Le régime Adventisme : une réponse morale au sanatorium de Battle Creek

Les Adventistes du Septième Jour comme Kellogg sont partisans du végétarisme, de l’abstinence de consommation d’alcool et de tabac, et de l’exercice physique régulier en plein air. En plus de ces préceptes fondamentaux auxquels il adhérait, le Dr. Kellogg était convaincu de deux choses.

D’une part, il fallait consommer de grandes quantités de fruits oléagineux (noisettes, noix, amandes etc) et de céréales pour rester en bonne santé. D’autre part, il fallait proscrire toute consommation

de viande ou de plats épicés de son alimentation, car cette nourriture stimulait fortement l’appétit sexuel.

Les adventistes du septième jour enseignent que les huit lois de la santé sont des principes deprévention. Ils mettent fortement l’accent sur un mode de vie sain. Cette vision de la santé est holistique. Elle intègre toutes les dimensions de l’individu: ses capacités physiques, mentales, sociales et spirituelles. Selon les adventistes, l’être humain est une entité indivisible, sans une séparation du corps et de l’esprit. Son corps est « le temple du Saint- Esprit » (1 Corinthiens 6.19).

Les adventistes enseignent que la maladie est habituellement une violation des lois de la santé. Ils considèrent que les huit principes de la santé sont des « remèdes naturels » parce qu’ils s’attaquent à la cause de la maladie, pas simplement à ses symptômes.

Sans rejeter les apports de la médecine scientifique, ils estiment qu’un mode de vie basé sur les huit lois de la santé produit des effets plus efficaces, durables et sains sur la santé que les autres formes de thérapies.

Toutes les inventions du docteur Kellogg, comme le corn flakes, le beurre de cacahouète et les granolas à manger, faisaient la promotion du végétarisme faisaient partie d’une croisade contre l’amour charnel.

Pour les sources médicales de l’époque, « ni la peste, ni la guerre, ni la petite vérole, ni les maladies similaires, n’ont produit de résultats aussi désastreux pour l’humanité que l’habitude pernicieuse de l’onanisme » (Dr. Adam Clarke).

Estimant que la masturbation était la cause de certaines morts,

Kellogg déclara que des « victimes mouraient littéralement de leurs propres mains ». Le bon docteur préconisait donc de traiter les masturbateurs, en recommandant la circoncision aux jeunes garçons et l’application de phénol (acide carbolique) sur le clitoris des jeunes filles.

Dans son livre Plain Facts for Old and Young, le docteur Kellogg a écrit « Chez le sexe féminin, l’auteur a constaté que l’application d’acide carbolique pur sur le clitoris était un excellent moyen de calmer toute excitation anormale. »

Pour les garçons, Kellogg écrit également :

« Un remède qui est presque toujours couronné de succès chez les garçonnets est la circoncision (…) L’opération devrait être effectuée par un chirurgien sans anesthésie, car la brève souffrance qu’en ressentira l’enfant aura un effet salutaire sur son esprit, en particulier si elle est reliée à l’idée de punition, ce qui pourrait bien être le cas parfois. La douleur qui se prolonge pendant plusieurs semaines interrompt la pratique… »

Kellogg proposa également de mettre aux adolescents des bandes de pansement aux mains, de les attacher, de couvrir leur sexe au moyen d’une cage brevetée, de leur coudre le prépuce ou de leur administrer des décharges électriques.

À ce titre, le Dr. Kellogg est un produit de son temps : comme beaucoup de personnes à l’époque, a fortiori dans les cercles protestants de la classe moyenne, Kellogg adhère aux principes de la moralité sanitaire, qui dominent dans les mondes protestants anglophones de la fin du 19e siècle jusqu’à l’arrivée de la 1er guerre Mondiale (1914-1918).

Le docteur Kellogg meurt en 1943 à 91 ans, preuve selon les adeptes adventistes du végétarisme de la qualité des soins du bon docteur.

Pour d’autres, c’est la preuve que Kellogg ne subissait pas ses propres traitements qui lui aurait offert une longévité.. qui sait !!!

Source et bibiographie:

Rachel Maine, « Technologies de l’orgasme : Le vibromasseur, l’«hystérie» et la satisfaction sexuelle des femmes», édtion française, 2009.

https://www.pourquoidocteur.fr/…/25780-Les-cornflakes-l-ori…

https://www.chosesasavoir.com/sombre-verite-john-kellogg-l…/

https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Harvey_Kellogg https://fr.wikipedia.org/wiki/Église_adventiste_du_septième_jour

Filmographie sur John Harvey Kellogg:

Aux bons soins du docteur Kellogg (The Road to Wellville). Film américain d’Alan Parker, tiré du roman de T. C. Boyle. Avec : Anthony Hopkins, Bridget Fonda, Matthew Broderick, John Cusack, Dana Carvey… Fiction, 1994.

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